Hmag -

Récit d'une matinée aux côtés d'un patient opéré en ambulatoire

Voilà une décennie que les eHnv ont décidé de miser sur l’ambulatoire. Un mode de prise en charge qui permet de proposer des interventions chirurgicales tout en évitant l’hospitalisation. Récit d’une matinée aux côtés d’un patient.

Hormis sa « patte gauche » qu’il « traîne légèrement », rien ne trahit que le jeune homme, la trentaine bien entamée, qui commence, à l’instant, sa quatrième traversée du parking, s’apprête à subir une intervention chirurgicale. Une opération sur son ménisque, en l’occurrence. Encore quelques pas, signe manifeste d’une appréhension bien légitime, qu’il effectue le smartphone solidement rivé dans la paume de sa main droite comme pour se donner une contenance. Une dernière grande bouffée d’air frais. Puis l’homme gagne le 3e étage de l’imposant bâtiment baptisé Le Lierre ; le voici arrivé au centre de chirurgie ambulatoire de l’hôpital d’Yverdon-les-Bains, dont le petit nom évoque les dessins animés de notre enfance : DaisY.

Une structure réservée à la chirurgie

La salle d’attente est sobre, moderne, lumineuse, et rien, hormis peut-être la blouse de la collaboratrice qui l’accueille, ne trahit qu’il entre dans une structure hospitalière. Le lieu, au premier regard, s’apparente bien plus au salon de réception d’un institut de beauté ou d’un dentiste qu’à un département d’un hôpital public. Et c’est là le résultat de la volonté des Établissements hospitaliers du Nord vaudois d’offrir à la population de la région un centre de prise en charge ambulatoire spécialement dédié, tant dans sa conception architecturale qu’organisationnelle, afin de simplifier et d’optimiser la prise en charge ambulatoire – dite aussi d’un jour ou sans hospitalisation – des patients. Une structure qui existe depuis maintenant dix ans et représentait à l’époque le premier centre autonome de chirurgie ambulatoire réservé à cela dans un complexe hospitalier public romand.

Des conditions similaires

Un dernier regard furtif sur son téléphone portable dont l’horloge affiche tout juste 7 h 30. Sans plus attendre, sitôt le seuil de la porte passé, notre patient est maintenant sollicité afin d’effectuer les dernières démarches administratives. Si tout va bien, il sera de retour à domicile en fin de matinée avec un genou tout neuf, « réparé » dans des conditions techniques et de sécurité identiques à celles dont il aurait bénéficié dans un bloc opératoire traditionnel. Le tout en s’évitant néanmoins une hospitalisation et en réduisant par la même occasion le risque de contracter une infection nosocomiale.

« Un gain de temps pour une prise en charge identique » : voilà, en gros, la promesse de la chirurgie ambulatoire. Un petit miracle, il y a encore quelques années à peine, réalisable grâce à ce type de structure dédiée au sein de laquelle le moindre détail a été pensé afin de gagner en efficacité.

Ainsi, une fois la paperasse réglée, notre patient est invité à rejoindre sa « place ». Un espace dont l’intimité est garantie par le truchement de rideaux et qui lui servira de « chambre » durant toute la durée de sa présence au DaisY. Une chaise modulable, qui, le moment venu, se transformera en table de bloc opératoire, puis de lit sur lequel il récupérera une fois l’intervention terminée. Un petit meuble, dans lequel il a loisir de déposer ses affaires et dans lequel il a, il y a peu, trouvé les vêtements qu’il portera jusqu’à sa sortie. Simple et efficace, une fois encore.

Un souci d’optimisation que l’on retrouve également dans les nombreuses compétences du personnel, capable de répondre non seulement aux tâches administratives, mais également d’offrir certaines prestations en matière de soins.

Une fois installé sur sa chaise-table-lit qu’il ne quittera désormais plus jusqu’à son départ du centre, notre trentenaire reçoit la visite de l’équipe médicale, qui s’attelle sans tarder à sa préparation pour son entrée dans l’un des trois blocs opératoires du DaisY. L’occasion, aussi, de lui fournir les dernières explications quant au déroulement de sa prise en charge. Une chorégraphie bien huilée.

 

Une multitude de disciplines

Une heure plus tard, une masse blanche, caoutchouteuse – manière de fines cordelettes tressées dont certaines parties semblent avoir cédé – s’affiche en gros plan sur le moniteur de la salle d’opération. Patiemment, le chirurgien opérateur « nettoie » le ménisque endommagé, alors qu’à quelques mètres de là, dans le second champ opératoire du bloc que l’on devine derrière un paravent, on s’active à préparer le prochain patient que le même chirurgien prendra en charge sitôt cette opération-ci terminée. Un ménisque également. Un hasard, puisque, de nos jours, si l’ophtalmologie et la chirurgie de la main représentent la majorité des domaines traités de façon ambulatoire, certains actes chirurgicaux en orthopédie, chirurgie générale, oto-rhino-laryngologie, gynécologie, chirurgie plastique, chirurgie maxillo-faciale ou encore en urologie sont de plus en plus souvent réalisés en ambulatoire. Autour du patient, l’équipe médicale œuvre dans un calme olympien, tant qu’il en est presque perturbant pour le novice dont le cliché de la salle d’opération ressemble au pire à une bande d’hommes verts hurlant dans un jargon incompréhensible, au mieux à une bande de doux allumés maniant le bistouri sur une bande-son jazzy. Mais non, rien de tout cela. Une ambiance studieuse digne d’une manche de championnat mondial de Scrabble.

Quelque chose de magique

Une vingtaine de minutes après avoir été transféré au bloc, notre patient est déjà de retour dans sa « chambre ». Le casque de musique qu’on lui a proposé de porter, le temps de l’intervention, toujours sur les oreilles. Impressionnant, mais pourtant parfaitement dans les normes, puisque, si la durée moyenne de séjour au sein de DaisY s’élève à 3 h 45, l’opération, elle, ne prend que 25 minutes en moyenne.

Derrière un grand bureau central, disposé au milieu de l’imposante salle où les patients sont installés avant et après leur opération, l’équipe soignante veille sur lui, comme sur les autres patients, en permanence. Et cela durant toute la phase postopératoire, soit le temps nécessaire au patient pour se remettre gentiment, plus particulièrement des effets qui suivent une anesthésie. Mais notre patient, le téléphone portable à nouveau rivé dans la paume de sa main droite, ne souffrira ni de douleurs ni de nausées.

Il est 11 h 30 et, après un dernier entretien avec l’équipe médicale, les dernières recommandations de l’équipe soignante, notre trentenaire quitte le centre de chirurgie ambulatoire de l’hôpital d’Yverdon-les-Bains. Ce soir, il dormira chez lui, près des siens. Et qui sait, peut-être qu’en regardant son genou, il se rendra compte qu’il y a quelques années encore, la même intervention aurait nécessité plusieurs jours d’hospitalisation. Tout simplement magique.

Texte : Raphaël Muriset
Photographies : Nadine Jacquet


Découvrez Hmag, le magazine édité par les eHnv