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L’incroyable retour à la marche

Tétraplégique depuis quatorze ans, Benoît Thévenaz, né à Sainte-Croix, défie les lois de la médecine pour retrouver sa mobilité. Rencontre avec un sportif d’élite porté par l’ambition de récupérer l’usage de ses jambes.

À Bullet, petit village perché sur les hauteurs du Jura-Nord vaudois, sur la terrasse ensoleillée d’un ancien garage familial, Benoît Thévenaz commence sa journée d’entraînement. « Le cadre participe pleinement à la guérison », raconte l’homme dont la carrière de sportif d’élite en motocross s’est brutalement brisée, en 2005. Ironie du sort, c’est à vélo que l’accident survient. Alors qu’il réalise des sauts en BMX, le bac de mousse dans lequel il atterrit ne l’amortit pas suffisamment. Le diagnostic est sans appel : le sportif perd l’usage de ses membres.

Depuis, l’athlète s’entraîne sans relâche. Au milieu du sous-sol de l’ancien garage, réaménagé en centre de rééducation, trône une moto adaptée à son handicap. Mais plus que remonter sur une moto, c’est retrouver la marche qui constitue le véritable objectif de Benoît Thévenaz. Avec la complicité de Clément Mercier, son coach en activité physique, le duo explore toutes les pistes pour retrouver la mobilité.


Benoit Thévenaz


Vous êtes tétraplégique, mais vous pouvez utiliser vos bras, comment cela se fait-il ?

Je ne peux pas me servir entièrement de mes bras. La tétraplégie dépend de la hauteur de la lésion dans la moelle épinière. Chez moi, ce sont les cervicales C5 et C6 qui sont touchées, mais tous les nerfs ne sont pas atteints.

Quelles ont été les grandes étapes de votre traitement ?

Le premier cap a été l’arrêt total de la prise de médicaments, remplacé par des exercices afin de rétablir les connexions neuronales. Par la suite, l’acquisition d’un exosquelette m’a aidé à rééduquer mon corps aux mouvements de la marche.

Le prix d’un tel dispositif est particulièrement élevé et il n’est pas pris en charge par les assurances, comment avez-vous pu l’acquérir et quelle utilisation en faites-vous ?

Grâce à des dons privés et un accord avec le fabricant, j’ai pu obtenir cet exosquelette de la marque Ekso Bionics,dont le coût s’élève normalement à plus de 100 000 francs. Dans un premier temps, il a fallu convaincre la société, qui estimait que mon handicap était trop lourd pour ce type d’objet. Le dispositif s’utilise en collaboration avec mon coach. Le transfert de poids sur une jambe permet de déclencher le robot et d’accompagner le mouvement de la marche. Cela demande donc une concentration et un équilibre importants.

À quoi ressemble votre journée type ?

Les jours d’entraînement, trois fois par semaine, je commence par trois ou quatre heures d’entraînement avec mon coach. Je me sers d’un miroir afin de retrouver les sensations de mon corps par la vue. Après les exercices, je fais souvent une séance de thérapie par la couleur en scannant mon corps à travers la pensée pour stimuler les connexions nerveuses.

Où trouvez-vous les ressources mentales ?

Dès mon réveil à l’hôpital, je n’avais qu’une seule idée en tête : remonter sur une moto. Je me disais : j’ai gagné des courses, c’est impossible que je n’y retourne jamais. Moralement,

c’est la rencontre avec un coach mental, Claude Dalla Palma, qui m’a fait découvrir le livre de Dan Millman,Le Guerrier pacifique. Claude m’a ouvert la voie à l’importance de la lecture et de la méditation pour consolider ma force mentale.

« Mon accident a bouleversé le regard que je porte sur le monde. »

Avez-vous eu peur de l’isolement suite à l’accident ?

Ma famille, mes amis et mon entourageconstituent un soutien précieux.Socialement, je n’ai jamais souffert d’isolement parce que le regard des autres ne m’effraie pas. Je ne ressens aucune gêne, ni honte vis-à-vis de ma situation.

Vous êtes actif sur internet et publiez fréquemment des vidéos. Est-il important pour vous de médiatiser votre histoire ?

L’accident m’a ouvert au monde. J’ai envie de partager mon expérience et le savoir-faire que j’ai pu acquérir. Avec Clément Mercier, nous avons ouvert un centre de récupération. Nous l’avons baptisé Max Régénération Center. Le fait d’être aussi attentif à mon corps, à ce que je mange, m’a aussi permis de remettre en question notre manière de consommer et de produire.  
 

1985   Naissance à Sainte-Croix 

2005   Obtention du CFC de polymécanicien au Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV) à Sainte-Croix 

2005   Accident de BMX, une semaine après avoir remporté la première place au Championnat junior de motocross 

2007   Rencontre avec son coach Claude Dalla Palma 

2011   Remonte sur une moto spécialement adaptée 

2012   Injection de cellules souches, en Ukraine, autour des dorsales 

2014   Acquisition d’un exosquelette à titre privé 

2018   Un examen médical atteste la présence de connexions neuronales 

2019   Parvient à réaliser des déplacements avec un déambulateur

 

Texte : Carole Extermann
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