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Lutte groupée contre les troubles alimentaires

L’anorexie et la boulimie constituent deux faces d’une même maladie, qui est aujourd’hui prise en charge dans une filière de soins spécifique dans le canton de Vaud. Pour un meilleur taux de rémission.

En Suisse, environ 280 000 personnes souffrent d’un trouble du comportement alimentaire (TCA) au cours de leur vie, selon l’Office fédéral de la santé publique. Les TCA regroupent l’anorexie, la boulimie ainsi que l’hyperphagie boulimique (voir lexique). Des troubles qui touchent le plus souvent les jeunes, avec un pic enregistré au début et à la fin de l’adolescence pour l’anorexie. La boulimie surgit en général plus tardivement, entre 18 et 21 ans.

Autrefois pris en charge soit par le CHUV, soit par les hôpitaux psychiatriques, les patients vaudois bénéficient aujourd’hui de l’attention d’une combinaison de spécialistes œuvrant au sein du Centre vaudois anorexie et boulimie (abC). « Les soins somatiques, nutritionnels et psychiques sont désormais traités conjointement, selon les besoins spécifiques de chaque patient », explique Daniele Stagno, médecin associé, psychiatre et psychothérapeute de l’abC. Les patients vaudois sont accueillis sur deux sites distincts : le site de Saint-Loup des Établissements hospitaliers du Nord vaudois, situé à Pompaples, dispose de 16 lits pour hospitaliser adultes et adolescents âgés d’au moins 13 ans. Dans la capitale vaudoise, l’Espace Lausanne-CHUV propose pour sa part un centre de jour ainsi que des consultations ambulatoires. Une manière d’appréhender les troubles du point de vue médical tout en tenant compte de l’impact de la maladie sur la vie sociale du patient. 

Lutte groupée contre les troubles alimentaires

Psychiatres, médecins internistes, diététiciens, assistants sociaux, psychomotricienne et infirmiers font partie des spécialistes qui interviennent durant les traitements. Cette addition de compétences permet de proposer des activités variées aux patients : expression de soi par la médiation artistique ou la préparation de repas thérapeutiques, selon une recette préétablie. « Dans ce dernier cas, il s’agit avant tout d’apprendre aux patients à cuisiner pour eux-mêmes et non pour autrui, ce qu’ils ont tendance à faire en raison de leur pathologie, explique Diane Schmidt, infirmière cheffe d’unité de soins de l’espace Lausanne-CHUV. Ils sont en effet très attirés par les aliments et retirent une satisfaction à les manier, tout en refusant souvent de les manger, ce qui augmente aussi leur sentiment de contrôle. »

Selon Daniele Stagno, un quart des patients pris en charge par le centre présentent aujourd’hui une rémission complète de la maladie, tandis que 50% rechutent de manière fréquente ou plus épisodique. Ces derniers parviennent cependant à entretenir un bon niveau de vie, et réussissent à intégrer le monde scolaire ou professionnel. Les patients qui souffrent d’une forme chronique de TCA représentent environ 15% des personnes prises en charge. « L’objectif dans ce cas est de stabiliser leur situation, afin de leur garantir une certaine qualité de vie et d’empêcher que leur état de santé ne décline. »

« Un quart des patients pris en charge par le centre présentent une rémission complète de la maladie .»

Reste que selon les études épidémiologiques, le taux de décès liés à l’anorexie et à la boulimie demeure élevé, soit un patient sur dix. « Les troubles alimentaires constituent la deuxième cause de décès chez les jeunes souffrant de troubles psychiques, après la schizophrénie », souligne Daniele Stagno. Pour sensibiliser les jeunes à ces questions, les soignants s’investissent en dehors des murs du centre, à travers des actions de prévention menées dans les gymnases du canton et le développement de formations continues à l’Université de Lausanne. 

Dr Daniele Stagno

Dr Daniele Stagno

Psychiatre et psychothérapeute du
Centre vaudois anorexie et boulimie 


Garder espoir 

L’anorexie et la boulimie constituent deux faces de la même maladie. « Dans un cas comme dans l’autre, la personne souffre d’une perception corporelle altérée, et qui ne correspond plus à la réalité, explique Daniele Stagno. Leur silhouette, qu’elles estiment souvent disgracieuse, devient une source d’obsession et une attention exacerbée est accordée à l’alimentation. »

Le docteur cite l’exemple d’une patiente atteinte d’anorexie mentale au seuil de la vingtaine, en alternance avec des phases de boulimie. La situation a entraîné de multiples hospitalisations à l’hôpital de Saint-Loup et dans des hôpitaux psychiatriques. La jeune femme est pourtant parvenue à se stabiliser grâce aux soins. Elle se trouve aujourd’hui dans un état de rémission après une dizaine d’années, menant une vie de famille épanouie, alors que sa maladie l’avait conduite à un état d’isolement extrême.

Le traitement de l’isolement social constitue un des principaux buts visés par les soins proposés de l’abC. « Pour surmonter la maladie, l’essentiel est de toujours garder espoir, bien que les traitements puissent paraître longs, estime Diane Schmidt, infirmière cheffe d’unité de soins de l’espace Lausanne-CHUV. Même après trente-cinq ans de maladie active et des années de lutte plus ou moins intenses, le patient peut trouver de nouvelles ressources qui le mèneront sur le chemin de la guérison. »

Lutte groupée contre les troubles alimentaires

Lexique

Anorexie mentale

Une personne atteinte d’anorexie ne comble pas ses besoins nutritionnels, est envahie d’une peur intense de prendre du poids et perd la juste perception de son corps.

Boulimie

Cette maladie, souvent en lien avec la dépression, amène à la consommation excessive de nourriture sur de courtes périodes.

Accès hyperphagie 

Ce type d’accès engage à manger de manière excessive jusqu’au sentiment désagréable de distension abdominale. À la différence de l’anorexie ou de la boulimie, il s’agit d’un comportement ponctuel.

 

Texte : Sabrina Schwob
Photographie : Jeremy Bierer 

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