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A la rencontre des bénévoles qui contribuent au bien-être des patients

Discrets et pourtant bien présents au sein de nos hôpitaux, ces femmes et ces hommes ne sont ni soignants ni médecins, mais contribuent pourtant au bien-être des patients.

D’eux, on ne parle pour ainsi dire jamais. Ces Mesdames et Messieurs Tout-le-monde qui, chaque jour, discrètement, de l’aube au soir, d’Yverdon-les-Bains à Orbe, de Saint-Loup à Chamblon en passant par Le Sentier, se mêlent pourtant aux centaines de collaborateurs des Établissements hospitaliers du Nord vaudois pour tenter d’apporter, à leur manière, une aide – ce soutien ô combien précieux – aux patients, résidents et bénéficiaires des centres d’accueil temporaires. Eux, ce sont les bénévoles. Des hommes et des femmes qui, un beau matin et depuis plusieurs années pour certains, ont décidé de donner de leur temps à leurs sœurs et frères humains. Une offrande d’autant plus grande en ces temps où d’aucuns assurent que l’individualisme va grandissant.

Pourquoi ? Si les genèses des engagements sont aussi multiples que leurs histoires sont uniques, le dénominateur commun reste bel et bien cette incommensurable volonté de faire du bien. Certains ont commencé par défi : pour donner à leur tour du temps dans un établissement où l’on a, par un sombre matin, jadis, perdu son enfant. D’autres, simplement pour, disposer « intelligemment » de ce temps qui, la retraite venue, s’est soudain mis à passer plus lentement.

Une rencontre furtive

« Pour le contact humain », assure, des pépites dans les yeux, Claudine, qui, ce matin-là et depuis l’aube, se tient debout devant le comptoir de la réception de l’Hôpital d’Yverdon-les-Bains. Patiemment, elle attend le prochain patient, généralement entre huit et dix par matinée, qu’elle accueillera puis conduira, sourire aux lèvres, dans la salle d’attente du service où celui-ci sera hospitalisé. Un quinquagénaire venu subir une intervention, dans le cas présent. Elle n’en sait pas plus. Elle ne veut surtout pas en savoir plus. Histoire de ne jamais accueillir une personne avec des a priori, une surdose d’empathie ou tout autre élément qui risquerait de biaiser sa manière d’agir.

Tout comme dans ces grandes familles, avec ces enfants à qui l’on prend garde d’offrir le même traitement. De l’écoute, quelques paroles rassurantes et deux trois regards échangés et nous voilà déjà arrivés. Une rencontre aussi furtive que précieuse. « Et puis, il y a ces fois où les mots ne serviraient à rien, où le silence est la plus belle chose que l’on peut offrir. »

Les fleurs

Savoir quand parler et quand se taire, quand baisser les yeux et quand les lever : lorsqu’on est bénévole, voilà une grande  qualité. Et s’il en est une qui le sait mieux que personne, c’est sans nul doute Deolinda, qui, ce même matin dans la salle fraîchement redécorée dans des teintes automnales de l’unité d’hébergement médico-social de l’Hôpital d’Orbe, s’affaire à préparer et servir le petit déjeuner à ses protégés : des personnes âgées qu’elle côtoie, pour certains, depuis maintenant treize ans.

« Souvent, nous sommes les seuls avec qui les malades osent aborder ces questions »

Alors, forcément, quand l’un d’eux s’en va, cela ne passe pas forcément comme ça. « Parce que même si on essaie de ne pas trop s’attacher, ce n’est pas toujours si aisé… » Et quoi de plus normal, lorsque depuis si longtemps, en plus de s’évertuer à couper des tartines avec la délicatesse d’une orfèvre, on est également, parfois, amie, confidente et repère. Et « rayon de soleil », nous murmure cette nonagénaire, le regard posé sur la bénévole, qui, après avoir ajusté le col de la chemise de nuit de la grand-mère, un vase à la main, se dirige maintenant à l’étage afin de s’occuper d’autres fleurs.

La question délicate

Des roses, des tournesols et parfois, hélas, des chrysanthèmes, il y en a aussi à l’étage de chirurgie de l’Hôpital d’Yverdon-les-Bains, où officie aujourd’hui Myrielle, dernière bénévole que nous accompagnerons.

« Il y a ces fois où le silence est la plus belle chose que l’on peut offrir »

Depuis deux ans, elle a fait le choix d’offrir quelques heures par semaine, afin de venir rendre visite à des patients. Des hommes et des femmes qu’elle ne connaît pas, mais avec qui, parfois, si le coeur, si le corps leur en dit, elle parvient à échanger. Sur tout. La vie. L’amour. « Parfois la mort, leur propre mort… », concède, calmement, la bénévole. « Et souvent, nous sommes les seuls avec qui les malades osent aborder ces questions. » Parce que les bénévoles ne portent pas d’uniforme, tout juste un badge épinglé au-dessus du coeur, se préservant ainsi de l’effet blouse blanche. Parce que lorsqu’on sent que l’heure est venue, il n’est pas toujours possible d’aborder ces questions-là avec des proches dont l’amour qu’ils vous portent les pousse à vous assurer que « le combat continue ». Et puis, bien sûr, il y a aussi ces instants plus légers. Ces moments passés à échanger, à rigoler, à se taquiner ou, simplement, à se regarder. Bref, tous ces moments que l’on partage, habituellement, avec un enfant, un ami ou un parent. Parce que finalement, être bénévole c’est être tout cela.

Texte : Raphaël Muriset
Photographies : Nadine Jacquet